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Le Biodrive vu de haut, crédit photo : CC-O

A Crest, le Biodrive est un succès

05.05.2020

Mis en place à la suite de la fermeture du marché, le Biodrive de Crest envisage de continuer après le 11 mai. Créé à l'aide de la plateforme OpenfoodFrance, ce drive remet en cause le mode de vente des producteurs.

Myriam Bouré a lancé un Biodrive à Crest pour mettre en rapport les producteurs et les consommateurs malgré la fermeture des marchés. Coordinatrice de l’association OpenfoodFrance, elle a utilisé cette plateforme pour y créer un drive de producteurs locaux place des Moulins à Crest. Depuis le lancement, entre 60 et 90 clients ont répondu présents chaque samedi. Une alternative au marché qui pourrait se pérenniser après le déconfinement.

Comment avez-vous lancé le Biodrive ?

Myriam Bouré : J’ai initié ce projet quand il y a eu l’annonce de l’arrêt des marchés dans le but de donner un coup de main aux producteurs, pour qu’ils puissent écouler leur marchandise. Ça a également permis aux habitants d’avoir accès facilement aux produits locaux durant le confinement. L’idée du drive, c’est de faire une commande en ligne et de récupérer tout son panier en une seule fois. Plutôt que d’aller sur dix stands, on a des créneaux de récupération des produits et au final il y a très peu de queue. On peut respecter les règles sanitaires et pour les producteurs ça permet de massifier les volumes de ventes sur un seul point de distribution et en un jour.

Parlez-nous de la plateforme Openfoodfrance...

Myriam Bouré : J’ai lancé l’association Openfood en France. C’est un projet qui est né en Australie en 2012. On travaille sur cette notion de plateforme coopérative où les usagers sont invités à participer à la gouvernance de l’outil. J’avais lancé le projet en Norvège, donc ça fait un certain nombre d’années que j’entreprends avec cette communauté. On a créé l’association en France en 2016 et là on vient de créer une SCIC qui s’appelle Coopcircuits qui va prendre le relais de l’association pour l'exploitation de la plateforme Openfoodfrance. 

Les producteurs se sont-ils saisis de l’outil ?

Au Biodrive de Crest, il y a une dizaine de producteurs même si certains ont été sollicités pour être toutes les semaines sur le marché et ne sont plus dans le projet. Il faut se rendre compte que le marché ne résout pas complètement le problème des producteurs puisqu’ils n’y ont accès qu’une semaine sur deux pour la plupart. Les produits sont là et ça peut représenter une perte pour eux de ne vendre qu’une semaine sur deux, il faut qu’ils trouvent des solutions parallèles. Pour les acheteurs c’est aussi compliqué.

Les ventes via Openfoodfrance ont triplé dans l'Hexagone, l’outil permet à pleins de modèles différents de fonctionner. On a des maraîchers qui l’utilisent pour des systèmes de précommandes de paniers à venir chercher à la ferme ou des livraisons par vélos cargos à domicile. Ce sont des modèles que l’on peut imaginer autour du drive aussi.

A Crest, le format qu’on a trouvé, c’est que 2-3 producteurs se relaient pour la distribution. Selon les producteurs, le volume de vente peut correspondre à un petit marché ou un marché normal. Ce n’est pas négligeable, car ils n’ont pas à faire la permanence toutes les semaines. De fait, ça interroge aussi sur leur choix de vie.

Pensez-vous que cela durera après le confinement ?

J’ai lancé une enquête pour la continuation : si le marché reprend comme avant, est-ce que les gens veulent que ça continue ? Si oui, quand et où ?

J’entends qu’il y a des gens qui préfèrent ce système de drive. Certains producteurs sont prêts à continuer car ils pensent que ça répond à une demande autre que celle à laquelle répond le marché actuel. On a eu des retours sur place de personnes qui disaient que même au-delà du confinement, comme ils ont des enfants en bas âge, ils trouvent ça hyper pratique.

Moi, je fais ça bénévolement, ça prend quand même du temps. Si ça continue, il va falloir faire évoluer la formule. Essayer de trouver un modèle économique pérenne. Ça peut prendre un autre format aussi par exemple de la livraison à domicile si le besoin est là.

Pour moi, les outils numériques comme notre plateforme sont "encapacitants", c’est à dire qu’ils permettent à de nouvelles activités de se mettre en place. On prend trop les outils logiciels pour des outils et pas assez pour des infrastructures. Un logiciel ça permet à des activités économiques de se structurer.


Pour commander (jusqu'à mercredi soir) : https://www.openfoodfrance.org/biodrivecrest/shop#/home

Pour répondre à l'enquête sur le prolongement du BioDrive à Crest : https://framaforms.org/quelle-suite-pour-biodrive-crest-1588595495

Propos recueillis par Elodie Potente 



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