Le loup et l'agneau

14.06.2019

La raison du plus fort est toujours la meilleure
Nous l'allons montrer tout à l'heure
… JEAN DE LA FONTAINE


le loup s’est installé dans notre vallée

La vie des éleveurs est chamboulée, leur survie peut être remise en question par le poids économique que la protection contre le loup fait peser sur eux.
Psychologiquement, ils sont traumatisés, parce que soudainement vulnérables. Leur métier doit évoluer, jusqu’où et à quel prix ? Seront-ils les prochains Goodyear ?

Le loup a le droit de vivre ici :

  • Le loup est une espèce protégé par la convention de Berne, issue du Conseil de l’Europe et ratifiée par la France
  • Il fait partie de notre écosystème. “Pour le loup, c’est l’éleveur qui vit sur son territoire et non l’inverse” nous dit A. Nochy, chasseur, éleveur et pisteur, dans le journal Libération
  • Nous avons tous vu des images de lions majestueux, de tigres féroces, de dangereux crocodiles, sans jamais imaginer qu’il fallait simplement les éliminer pour la paix de nos amis africains ou indiens. À nous, aussi, de vivre avec les grands prédateurs.
  • Il faut accepter la nature...nous dit une lectrice dans un des commentaires de notre vidéo sur FB.
  • Il régule les espèces sauvages comme à Yellowstone. encadré ci-dessous

 



En 1995, des loups ont été réintroduits à Yellowstone. Ce qui a donné aux biologistes une occasion unique d'étudier l’arrivée d'un prédateur dans un écosystème.
Contrairement à ce qu’on aurait pu croire, de nombreuses espèces ont bénéficié de la réintroduction de ce prédateur. Les cerfs se déplaçant dans de nouveaux coins plus à l’abri, la végétation s’est mise à renaître. La taille des arbres a quintuplé en l’espace de seulement 6 ans, invitant les oiseaux à venir y faire leurs nids.
La présence de loups a également changé les rivières. Parce que la nouvelle végétation a stabilisé les rives, les rivières serpentent moins, les canaux se sont approfondis et de petites piscines se sont formées.
Arizona dream - L’Ouest américain




Mais comment permettre au loup et à l’agneau de vivre en bonne compagnie ?
Éduquer le loup ou l’éleveur ?

Éduquer l’éleveur
Deux “outils sont proposés par “ les éleveurs face au loup” pour maîtriser ou s’adapter au nouveau contexte de la prédation :

  • Le chien

3317 chiens de protection sont financés par les services de l’état dans le massif alpin aujourd’hui.
L’éducation de ces chiens demande aux éleveurs de nouvelles compétences,  un nouveau métier, ce qui n’est pas simple : Le chien de protection est un outil techniquement non stabilisé nous avertissent “les services pastoraux de l’Arc alpin” après une étude menée auprès d’éleveurs expérimentés

Le nombre de chiens doit être en proportion du nombre de loups. Il s’agit d’aligner autant de combattants qu’en face, seule une meute de chiens peut faire face à une meute de loups

Ils peuvent être un danger pour les promeneurs. On ignore parfois qu’il y a une double attente vis à vis du chien : rester avec le troupeau pour le protéger d’une part et dissuader le loup tout autour de l’enveloppe du troupeau d’autre part, à une distance de 400 à 600 m. Mais c’est aussi une distance qui suscite l’incompréhension des promeneurs...
Les chiens ont la capacité d'observer et de comprendre les comportements des humains qu’ils côtoient mais ce n'est pas toujours réciproque. Faut-il choisir entre protéger les troupeaux et éviter les incidents ?


  • Le regroupement nocturne associé à des modes de conduite du troupeau en clôture électrifiée ou gardé par un berger.

L’Association nationale pour la défense et la sauvegarde des grands prédateurs, FERUS rappelle que “seule une politique efficace de protection des troupeaux peut nous permettre de coexister sereinement avec le loup. Les moyens de protection (berger, chiens de protection, parcs sécurisés) bien conjugués sont efficaces”.
Mais l'efficacité est évalué de façon différente par l’Association des animaux sauvages (l’ASPAS), FERUS, et les éleveurs. Ces derniers nous disent que les clôtures électriques ne sont pas la panacée, que les loups évoluent, craignent moins l’homme, et que leur population croissante (plus de 500 aujourd’hui en France) les poussent à déjouer les mesures mises en place à leur arrivée pour “taper dans le frigo” que constitue un troupeau.


Éduquer le loup ?

Depuis plus de 20 ans FERUS milite pour la cohabitation des grands prédateurs et des troupeaux domestiques. FERUS demande que “soient remis en action et intensifiés les moyens d’effarouchement et qu’une professionnalisation de la protection, s’inspirant des expériences réussies, soit développée. "Le loup est un animal qui apprend et il n’est pas démontré scientifiquement que son élimination physique soit une bonne pédagogie”.

Beaucoup d’éleveurs ne voient de solutions d’effarouchement que dans les tirs de défense. Ils pressent l’état pour obtenir des solutions opérationnelles immédiates.

Entre les défenseurs des loups qui craignent pour sa survie et les éleveurs qui craignent pour la leur, n'écoutons pas Lafontaine! L’homme est plus intelligent que le loup et devrait trouver une place à chacuns.

Nous invitons nos lecteurs et les différentes associations parties prenantes à donner leur avis et à compléter ou infirmer notre argumentation : Écrivez-nous !

François Bouis


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carte répartition du loup - Sources : UICN – Kacsensky P., Chapron G., von Arx M., Huber D., Andrén H., Linell J., 2013 in Landry J.M., 2006, Le loup, Ed. Delachaux et Niestlé, 240p.

, dont le troupeau a été victime récemment d'une attaque et essaye de voir les différents points de vues. Nous vous invitons à participer à ce débat.


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Marie Josèphe Moncorgé

Quelques remarques au sujet de cet article bien fait : - Vivre avec de grands prédateurs : ne pas oublier qu'en Afrique ou en Inde les espaces sauvages diminuent pour faire place à des espaces cultivés ou des pâturages et que la cohabitation entre prédateurs et ruraux se passe parfois très mal dans ces pays (récoltes détruites par les éléphants, troupeaux décimés par les prédateurs et parfois mort d'êtres humains). Ne pas avoir une vision trop idéalisée de ces régions et ne pas oublier que certains parcs africains ont été créés en déplaçant, malgré elles, des populations rurales. Est-on prêt, par exemple, à faire place au loup en interdisant la vie rurale dans certains espaces qui lui seraient réservés ? - Aucune comparaison entre Yellowstone et le Val de Drôme : un parc immense et seulement peuplé d'animaux sauvages d'un côté et une vallée habitée par des troupeaux et des habitants de l'autre ! - Certains chiens de troupeaux payent un lourd tribu au loup pour défendre les troupeaux : blessures et parfois mort, au contact du loup. - Regroupement nocturne du troupeau : cela se traduit par un espace hyper piétiné par le troupeau où toute herbe a disparu au bout de quelques nuits. Pas très écologique en alpage ! - Eduquer l'éleveur : ok, facile pour des jeunes, mais certains éleveurs traditionnels, d'un certain âge, ont du mal à passer de grands parcs fixes à de petits parcs ponctuels avec clôture électrique qui se déplace au fur et à mesure de l'espace brouté. Certains ont du mal à devoir élever non seulement des brebis, mais aussi des chiens (mes voisins en ont 8 pour tout leur troupeau !). Et il est parfois dit en catimini que les indemnisations importantes incitent certains à faire le minimum pour la protection de leur troupeau... - Eduquer le loup : ok, si les tirs d'effarouchement remplacent plus souvent les tirs réels. - Eduquer les randonneurs : une rubrique à ajouter ! Non seulement ils ne comprennent pas la notion de distance d'approche, mais ils ne respectent pas toujours les clôtures, oublient de fermer les portes après leur passage.

17/06/2019 - 16:29