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Boeing, plouf ?

31.05.2019

Deux avions Boeing 737 Max 8 se sont crashés récemment, peu après leur décollage, faisant 346 morts. Boeing a-t-il sacrifié la sécurité, le coeur de son métier, à ses parts de marché ? Le pouvoir sans partage sur une longue période est-il inévitablement source de graves erreurs ?

 

En 2011, Boeing est le leader suprême de l'aviation mondiale quand Airbus sort le A320neo, un avion plus économique en carburant, qui séduit les compagnies aériennes.

Le péril est dans la demeure quand, le 20 juillet 2011, la compagnie American Airlines annonce qu'elle signe une commande de 260 exemplaires de la famille A320, dont 130 neo. Et que plus de 4 000 exemplaires sont commandés avant la première livraison.

 

Le géant doit constater son retard, il a deux solutions :

- créer un nouvel appareil (Boeing en a la capacité technique), mais cela prendra  dix ans de développement : Il faudra certifier toutes les innovations techniques et obliger les compagnies aériennes qui voudront l'acheter à former tous ses pilotes sur le nouvel appareil , ce qui est coûteux et pourrait les rebuter.

- modifier un appareil existant, ce qui permet d'aller vite et de faire des économies de conception.

 

Boeing choisit la deuxième solution et rajoute les gros moteurs économes en kérosène qui font le succès d’Airbus sur un appareil vieux d’une cinquantaine d'année  (le 737 a été inauguré le 17 janvier 1967).

Les pilotes sont habitués à ce vieil appareil. Le cockpit n’a pas changé. Les commandes, hydrauliques, reposent toujours sur un bon vieux système de câbles et de poulies (ce qui va poser des problèmes pour le contrôle électronique des manœuvres). Bas sur pattes, il permet même de charger les bagages à la main (ce qui va poser des problèmes pour y suspendre de plus gros moteurs).

 

Pour passer à travers les contrôles sans nouvelles certifications, il ne faut presque rien changer... ou ne pas le dire !

Mais la présence de ces plus gros moteurs change le comportement de l'appareil. Celui-ci a tendance, au décollage, à pointer le nez vers le ciel et risquer le décrochage mortel. Boeing est alors obligé d'introduire un logiciel de rectification automatique de trajectoire (MCAS).

 

Des informations cruciales du système ne figurait pas dans le manuel de l’avion, déclarent les autorités Indonésiennes après l’accident.

Le syndicat des pilotes d’American Airlines a qualifié la “flight checklist” d’incorrecte.

Le Capitaine Dennis Tajer, porte parole de l’union américaine des pilotes a déclaré après le premier accident mortel : ”Nous venons seulement d’être informé qu’il y a un système entièrement nouveau sur le 737 Max”

Chesley B. Sullenberger III, le pilote qui a réussi à faire “atterrir” son appareil sur la rivière Hudson le 15 janvier 2009 aux abords immédiats de New York confie : En créant le MCAS, Boeing a violé un des ses vieux principes : laisser toujours au pilote le contrôle ultime de l’appareil”

 

La chose est facilitée par une nouveauté, la FAA (Federal Aviation Administration), l’organisme de contrôle américain qui certifie les avions, a confié le contrôle des avions Boeing à ... Boeing.

Boeing est un acteur incontournable de l’économie américaine, employant 180 000 personnes dans le monde dont quelques lobbyistes. Trump a nommé Patrick Shanahan, un ancien administrateur de Boeing, au poste de Deputy Secretary of Defense, en Juillet 2017. Voir U.S. Department of Defense

 

Boeing fait voler le nouveau 737 Max le 13 avril 2017 et vend son appareil très, très bien. Il revient dans la course avec Airbus.

 

Le 29 octobre 2018, peu après le décollage, un capteur déficient donne le pouvoir au nouveau logiciel de pilotage automatique et fait piquer le Boeing  737 de Lion Air vers la mer. Le pilote, conscient du danger, n'arrive pas à lutter contre le système : 189 morts.

Nouvelle tragédie le 10 mars 2019 avec Ethiopian Airlines et un appareil similaire : 157 morts. Même scénario, le pilote n'a pu empêcher le crash, bien qu’il ait eu connaissance des causes de l’accident précédent.

 

Les 737 Max sont finalement cloué au sol dans le monde entier.

 

M. Muilenburg, le président de Boeing, s’est déclaré désolé pour les vies perdues, et tient à rassurer ses actionnaires sur les progrès vers la certification du nouveau logiciel devant permettre de renvoyer leurs avions en l’air.

Il ajoute, dans son allocution du 4 Avril, que ces accidents ont été dus, comme beaucoup d’accidents, à une succession d’évènements. Voir Boeing

 

Ces drames montrent que trop de pouvoir, conservé trop longtemps, conduit à de graves erreurs. Seul des contre-pouvoirs effectifs peuvent éviter la catastrophe.

 

François Bouis

Sources: New York Times


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