Opinions

Quelle intercommunalité pour Crest et le Crestois ?



Bien qu’avignonnais au titre de ma résidence principale, je passe à Crest mes fins de semaine depuis plusieurs années. Un pied dehors, un pied dedans, j’apprends à connaître la vie locale, dont certains aspects me semblent toujours aussi déroutants. Ainsi de la présence de deux intercommunalités (3CPS et CCVD) imbriquées l’une dans l’autre, à l’encontre de toute rationalité géographique, là où une seule suffirait.

Apparus à la fin du siècle dernier, les regroupements de communes répondent à un besoin évident : on ne peut plus gérer efficacement les affaires locales sur la base d’un découpage hérité du XIX° siècle qui divise notre pays en 36.000 entités. Cette conviction intuitive se vérifie sous trois registres.

EQUITE.

À partir des années 1950, la création de zones d’activités en périphéries a eu pour effet de priver les villes-centres de recettes fiscales importantes alors qu’elle continuaient à devoir assurer le fonctionnement d’équipements profitant à tout le bassin de vie, ce qui les a conduisait à augmenter les taux d’imposition, et donc à favoriser l’évasion des couches aisées. Aujourd’hui, la CFE (ex taxe professionnelle) est prélevée par les intercommunalités et ce n’est que justice.

EFFICACITE.

Les Etablissements Publics Intercommunaux permettent de regrouper le fonctionnement de nombreux services publics, comme l’eau, la gestion des déchets, la protection contre les crues, la répartition des logements, la gestion de certains équipements culturels ou sportifs... Un certain nombre de coûts fixes sont ainsi supportés par un plus grand nombre d’usagers. D’autre part, grâce à l’intercommunalité, certains aménagements sont dès le départ conçus à l’échelle du bassin de vie et placés au meilleur endroit, quelle que soit la commune d’accueil.

INTELLIGENCE COLLECTIVE. 

Les communautés de communes redistribuent utilement les cartes du pouvoir à l’échelon local. Selon la loi française, un maire, dès lors qu’il est intronisé par le conseil municipal, peut faire passer à peu près ce qu’il veut. Il n’en va pas de même au sein  de la communauté de communes où il devra arriver à convaincre ses pairs : autant le maire dispose au sein du conseil municipal d’une majorité à toutes épreuves (environ les ¾ des sièges), autant il n’y a pas de majorité acquise d’avance au sein de l’assemblée intercommunale. Ainsi,  un projet doit-il recueillir une majorité de voix sur la base de ses qualités propres. Il en ressort amélioré par une phase de délibération plus exigeante, entre des élus libres de leur vote parce que non soumis à la hiérarchie qui prévaut au sein du conseil municipal. C’est une autre culture politique, moins godillot et plus mature, qui peut ainsi émerger.


De par sa géographie, le Crestois recouvre un périmètre, me semble-t-il, incontestable:  la basse vallée de la Drôme, de même que le Diois se rapporte à la haute vallée. Cette cohérence naturelle est une vraie chance, par rapport à des territoires qui se chamaillent en raison de frontières beaucoup plus incertaines. En témoigne un sentiment d’attachement au territoire particulièrement marqué des habitants du Crestois, dont rend compte, semaine après semaine, l’hebdomadaire éponyme . On déplorera donc d’autant plus la coexistence de deux communautés de communes là où il n’en faudrait qu’une seule pour préparer, avec celle du Diois,  l’avenir de la vallée et de ses habitants : adaptation au réchauffement climatique, préservation des ressources naturelles, organisation de l’entraide dans une société spontanément inégalitaire, accueil de nouveaux arrivants… De ce point de vue, autant le concept de Biovallée semble pertinent, autant voir les débats de la 3CPS se centrer sur un projet d’équipement aquatique digne des trente glorieuses a quelque chose d’ahurissant.


Cette réunification suppose d’accepter que les élus de Crest pèsent moins dans une assemblée élargie. Mais est-ce si problématique ? Face aux grands enjeux qui se profilent, il est temps de laisser au vestiaire les postures de chiens de faïence, pour adopter une attitude de coopération à l’échelle de cette vallée. De toutes façons, l’épisode du centre aquatique a montré que la ville-centre ne pourra jamais, et c’est très bien ainsi, imposer ses choix par la force. Et celui des gilets jaunes nous a bien renseigné sur la demande des citoyens à participer à l’élaboration des choix qui les concernent.

C’est vrai au plan local comme au plan national : une nouvelle manière de gouverner est à l’ordre du jour. En témoigne la Charte de participation citoyenne qui pourrait devenir commune à toute la Biovallée. Et sur cet enjeu majeur du renouvellement des formes démocratiques, le niveau intercommunal (conseil communautaire, mais pas seulement !)  doit prendre toute sa place.

Olivier Gros


publié le 09/05/2019