Opinions

La Bourse ou la Vie



Que faut-il penser de l’effondrement que certains annoncent ? C’est possible, mais rien ne prouve que la science et la technique n’apporteront pas de solution… et qu’ainsi une croissance infinie restera possible dans ce monde fini.
Mais, d’un autre côté, ne faut-il pas douter de cet optimisme face aux signaux qui s’accumulent ?

Car les nuages s’amoncellent à l’horizon
Extrême fragilité du système financier planétaire pouvant conduire à l’arrêt de l’économie par un effet domino rapide… tant nous dépendons au jour le jour des transports, de la distribution d’essence et d’électricité, pour nous nourrir et nous soigner au quotidien… et aussi d’Internet pour communiquer et travailler…
Renchérissement des énergies fossiles (pic pétrolier conventionnel dorénavant franchi) rendant probablement inévitable le carburant à plus de 2 ou 3 €… et le renchérissement de nombreux produits à base du pétrole ;
Taux de Retour Energétique (TRE) décroissant pour les énergies fossiles, faible pour les énergies renouvelables (au XXe siècle il fallait 1 litre de pétrole pour en produire 100, contre 10 aujourd’hui, y compris pour le nucléaire… ou l’équivalent de 2 pour le photovoltaïque et 18 pour l’éolien !) … Rendant notre consommation d’énergie progressivement insoutenable ;
Surexploitation agricole, artificialisation et pollution des sols, baisse des rendements…
Réchauffement climatique générateur de coûts et d’inconforts croissants, de migrations, d’épidémies, voire de guerre ou de famines.
Raréfaction-renchérissement de l’eau mettant à mal l’agriculture mais aussi nos douches, nos voitures, nos piscines, nos golfs…
Biodiversité en chute libre pénalisant de plus en plus les rendements de la nature que nous maltraitons…

Effondrement(s) ou pas effondrement(s) ?
Chacune de ces éventualités n’est que probable mais prises dans leur ensemble elles pourraient cependant déboucher sur deux mécanismes :
Leur concrétisation quasi-simultanée ou en quelques mois ou années ;
L’interaction-combinaisons entre elles pouvant conduire à des amplificateurs ou bascules inattendus.
De quoi déprimer et faire déprimer la jeunesse et les autres, au point que, pour certains il est préférable de ne pas en parler. Pourtant…
"Il faut allier le pessimisme de la raison à l'optimisme de la volonté"
C’est ce qu’écrivait Antonio GRAMSCI, philosophe Italien emprisonné pendant douze années mussoliniennes. L’histoire lui aura souvent donné raison. Alors que les spécialistes du monde entier, du moins ceux qui ne dépendent pas des lobbies, ne nous donnent que quelques années pour réagir, les années 2020 deviennent cruciales.

La préparation pourrait avoir une double vertu
Puisque rien est certain, mais en faisant comme si ça l’était, une action volontariste aurait deux avantages :
Faire en sorte d’être capables de vivre ou survivre dans le « chaos » ;
Revenir rapidement à des modes de vie « soutenables » pour que l’effondrement annoncé ne se produise pas !
Certes, cette anticipation est à l’évidence inconfortable. Et pour la plupart des dirigeants et entrepreneurs inimaginables alors qu’ils ont à assurer la survie de leur entreprise.

Le profit ou la vie
Pourtant la question qui nous est posée, c’est celle de continuer comme avant ou presque. C’est celle de la recherche du profit et de la productivité en train de détruire la vie et la biodiversité. C’est donc aussi celle de notre complicité en tant que consommateurs. C’est à l’inverse celle de redonner vie, une vie plus simple et plus raisonnable, celle qui redonne de la vie au local en changeant beaucoup de nos habitudes, de nos modes de vie, de notre manière de vivre ensemble…
Tout un programme !

Expérimenter, innover, proposer
Comme d’autres organisations, c’est ce que va faire le Laboratoire de la Transition. En Biovallée, des groupes de réflexion, d’échanges et d’expérimentation vont apporter leur contribution : rendre concrets et désirables des modes de vie conformes ce qui est évoqué ici. Autosuffisance alimentaire, déplacements doux, sources d’énergie « basse technologie », médecines douces, gestion de l’eau, réparations, chauffage … seront quelques pistes d’inspiration parmi d’autres à partager ensuite avec les autres acteurs et avec le plus grand nombre. Ces expérimentations seront de préférences ludiques et conviviales. Elles déboucheront sans doute aussi sur de multiples économies bonnes pour le porte-monnaie tout en favorisant l’économie locale…
Et avec l’objectif d’un « mieux-être » partagé qui favorise la vie, la vraie.
Car au fond, dans la toile de fond nationale et Européenne, la question est de mettre mieux en relief le choix à faire :
Celui du profit, de la productivité et du consumérisme
Ou
Celui de la vie et du bien-être
A ce stade, il y a ceux qui douteront ou riront de telles propositions. Il y aura ceux qui attendront pour voir. Il y aura aussi les curieux, inquiets et volontaristes, qui ont envie de rouvrir la voie à la vie.

Pour le Laboratoire de la Transition
Jean-Louis Virat


publié le 16/04/2019