Opinions

Les Tisserands, d'Abdennour Bidar



 « Les Tisserands », d'Abdenour Bidar - Éditions Les Liens qui Libèrent


Abdenour Bidar présentait son livre "Les tisserands" le 27 janvier dernier à l’occasion des « rencontres de Die ». Jean-Louis Virat nous fait partager les messages essentiels délivrés par un conférencier qui a eu beaucoup de succès.


Individualisme
Ce mal nous ronge, dénoncé par beaucoup, même par les individualistes, à une époque où pour beaucoup l’existence n’a pas de sens !
Pour le conférencier, philosophe, d’éducation musulmane, membre de l’observatoire de la laïcité et du comité de rédaction de la revue Esprit, c’est bien la question du lien, du « triple lien », qui se délite. Or dans cette crise de civilisation qui n’en a pas fini, renverser la vapeur, c’est-à-dire retrouver du sens ET recréer du lien, va nous demander une force énorme. Nous sommes à un carrefour, face à un défi : « nous n’avons pas d’autres choix que d’aller chercher en nous la plus grande force » sinon nous serons emportés par des forces contraires qui nous mèneront au déclin et à l’effondrement.
Cette recherche, c’est d’abord d’aller au plus profond de soi pour « muscler les facultés de notre cœur », impliquant une « transformation personnelle à partir de la force que j’ai cultivée ». C’est donc se découvrir à soi-même.


Philosophes OU politique ou Philosophes ET politiques ?
A ce stade, celui d’une crise du lien, sous les trois formes qui vont ensuite être évoquées, l’orateur nous interpelle en distinguant philosophes et acteurs politiques. Les premiers sont des « tisserands spirituels » (conscience) quand les second sont des « tisserands politique » (action). Or la question est de savoir « ce que je fais de ma vie au quotidien [avec moi, avec les autres] pour nous co-éduquer à ces deux dimensions » devenues inséparables. Responsabilité majeure, question incontournable, au regard des crises qui s’accumulent.
Comment dès lors recréer du lien quand « ça part dans tous les sens » ? Quand manifestement les « consciences aigües sont malheureuses » ?


Trois grands liens, trois cordons ombilicaux
Le lien à soi pour être foncièrement soi-même et être ainsi capable de beaucoup de choses, y compris « surmonter les vents contraires » car alors l’énergie nous vient naturellement ;
Le lien à l’autre (fraternité, solidarité, entraide, amour…) avec la question « qu’est-ce qui pourrait ainsi augmenter mes propres capacités ? », question vitale sans laquelle nous risquons de mourir à petit feu.
Le lien à la nature, ou comment prendre soin de la nature qui nous le rend bien, tant dans une dimension rationnelle, matérielle, qu’émotionnelle ou affective… et sans laquelle nous découvrons qu’il est difficile de (bien) vivre.
Or aujourd’hui nous sommes en guerre. En guerre à la fois contre l’autre et contre la nature. Si ce n’est également contre soi-même !


Méditant et militant
Méditant et militant et non méditant ou militant !
Pour écarter ce travers de l’incantation, de l’incrimination de l’autre et de la société, si répandu mais surtout vain et même nuisible. Ce n’est plus de savoir ce que la société peut faire pour moi. C’est de savoir ce que je peux faire pour la société. Quelle peut être « ma contribution au bien-être de la société ? ». Question certes exigeante tant est grand « le sentiment d’impuissance intériorisé en n’accordant pas assez de valeur à ce qu’on fait et [tant] on s’impatiente sur le résultat ».
Comment dès lors ne pas adopter cette double dimension spirituelle et politique et reconnaitre ce « triple lien » grâce auxquels nous sommes debout ?
Mais alors…


Libéralisme = totalitarisme
Le modèle libéral apparait alors comme un totalitarisme (parmi d’autres) tant il fait fi de ce triple lien et de cette dimension à la fois pratique et spirituelle qui permet d’exister bien plus authentiquement que tous les artefacts du commerce. Ce qui nous invite à résister en créant des « micro systèmes [résilients]… avec modestie et opiniâtreté ».
Intéressant. Car c’est aussi ce qu’il nous a été donné à entendre tout au long des « Rencontres de Die » en janvier dernier.
Ou plutôt ce à quoi nous sommes invités.

Jean-Louis Virat

 


publié le 02/04/2019