Opinions

Le mouvement lycéen, c’est quoi ?



Le mouvement lycéen a pris forme peu après le mouvement étudiant, caractérisé par les nombreux blocages de facs (Tolbiac, Jean-Jaurès, Rennes 2, Paul Valéry…), engendrant de nombreux abus policiers et arrestations (Mantes-la-Jolie). En 2018, la loi ORE (Orientation et Réussite des Etudiants), la plateforme Parcoursup, la mise en place d’une sélection déguisée et l’accroissement des inégalités scolaires, a donné naissance à une colère générale, grandissante et se propageant dans les lycées. L’annonce d’une réforme du baccalauréat, comprenant l’ajout de spécialités, pénalisant les petits lycées et les familles modestes, ne fait qu’aggraver cette colère. Aujourd’hui, après les appels des syndicats étudiants, les lycéens se mobilisent contre l’éducation ouverte aux plus riches et pour un système éducatif égalitaire et libre.

Notre façon de nous faire entendre, reste notre résonnance dans les médias, notre nombre et le bon déroulement des actions. C’est pour cela que nous avons fait le choix d’organiser une Assemblée Générale « bon enfant » à Armorin, le 7 décembre dernier. Grâce à cela, il y a eu un très bon rapport entre les lycéens en grève et les forces de l’ordre.



Nos revendications et préoccupations

À la fin du mois de novembre, jusqu’à décembre, entre 200 et 300 lycées étaient bloqués par jour dans le but de protester. Mais quelles sont les revendications et préoccupations lycéenne ?

Les principales revendications concernent :

  • la suppression de Parcoursup, organisant une sélection « déguisée ». Parcoursup, nouvelle plateforme succédant à APB (Amission Post-Bac) connu pour son tirage au sort, est de nombreuses fois accusée pour ses bugs techniques, formations fantômes, filières « non-sélectives », mais pouvant refuser un candidat, frais supplémentaire et pour être un facteur anxiogène supplémentaire pour les lycéens préparant les épreuves du bac.
  • la réforme du bac, qui vise à se spécialiser de plus ne plus jeune avec l’arrivée de nouvelles options et spécialités (Arts ; écologie, agronomie et territoires ; histoire géographie ; géopolitique et sciences politiques…). Pour conclure l’année de terminale et être diplômé, il faudra gagner des points grâce au contrôle continu, réussir le grand oral préparé depuis la première et les trois examens écrits, dont deux sur les disciplines de spécialité choisies par le candidat et un en philosophie. Cette réforme permettra de réduire fortement le nombre de copies à corriger pendant l’été (plus de 4 millions de copies) ainsi que le nombre de sujets à préparer par les académies (environ 3 000). Point positif pour les professeurs, mais négatif pour les établissements ne pouvant pas accueillir toutes les spécialités, ce qui obligerait les lycéens à parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour assister à la spécialité de leurs choix.

  • le contrôle continu, qui concerne 40 % de la note finale, engendre des discriminations et des questions techniques. Il y a encore une hésitation sur la forme du contrôle continu, faut-il prendre en compte les notes du bulletin à la fin de chaque trimestre ou les notes perçues à des épreuves ponctuelles et anonymes, comme des bacs blancs ?

  • dans les lycées populaires, les professeurs annoncent leurs peurs de la « dévalorisation » des notes. Si les critères et programmes sont locaux, il y a un risque de ne pas obtenir un diplôme national, mais un bac spécifique au lycée et à sa réputation. Les notes élevées d’un élève de lycée en zone prioritaire pourrait être dénigrée. La réforme du bac pourrait ainsi augmenter les inégalités des élèves scolarisés dans des établissements difficiles.

  • la hausse des frais d'inscription pour les étudiants hors-UE. La peur que petit à petit, les frais d’inscription augmentent aussi pour les élèves français, jusqu’à devenir égaux à ceux des étudiants extracommunautaires. Une mesure allant à l’encontre de l’égalité scolaire, que certains établissements refusent de mettre en application, comme la fac Lyon 2. Suite à ces annonces, la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal a souhaité « recadrer » les universités refusant ces augmentations de frais. 

  • Mais aussi la suppression des postes d'enseignants, les classes surchargées ou le service national universel. 

Un air de gilets jaunes ? 

Certains blocages soutiennent les Gilets Jaunes, mais il s’agit de deux causes avec des intérêts et revendications différentes, même si pas forcément opposés. Les principales revendications ne sont pas forcément les nôtres, même si d’autres organisations syndicales (comme l’UNL-SD, SGL et FIDL) insistent sur la question du pouvoir d'achat des plus pauvres ainsi que la précarité économique et financière de certains lycéens (augmentation des bourses). 

Le gouvernement engage un grand débat national sur quatre thèmes principal, mais aucun de ceux-ci ne concerne l’éducation. Les enjeux de la nation restent principalement la fiscalité et les dépenses publiques, l’organisation de l’Etat des services publics, la transition écologique , la démocratie et la citoyenneté. N’oublions pas que les enfants d’aujourd’hui sont les adultes de demain et que l’éducation ne doit en aucun cas être dégradée.

Marine Cotte


publié le 11/02/2019