Édito

Atteintes contre la liberté de la presse, danger !


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Illustration: Benoît Maire

Cette semaine, les réseaux sociaux se sont enflammés et des sociétés de journalistes ont protesté après l'arrestation de Gaspard Glanz, journaliste fondateur de Taranis news et pigistes pour plusieurs médias. Cet habitué des manifestations, caméra au poing, a été arrêté plusieurs fois, pendant les manifestations contre la loi travail ou encore dans la jungle de Calais. Il est aussi fiché S, c’est-à-dire considéré par le gouvernement « comme [un] individu susceptible de se livrer à des actions violentes ».
Le 20 avril, lors de l'acte 23 des gilets jaunes, il a été arrêté. Son tort ? Avoir fait un doigt d'honneur à un policier après avoir reçu une grenade de désencerclement dans la jambe. La vidéo de son arrestation, filmée par lui-même, montre que les forces de l'ordre le connaissent, mais ne lésinent pas sur les moyens pour l'arrêter. Après 48 heures de garde à vue, le journaliste dénonce les violences policières dont il a été victime. Et il n’est pas le seul puisque 79 journalistes ont subi ces mêmes violences depuis novembre, selon le décompte du journaliste David Dufresne.
Las, l’aventure de Gaspard Glanz ne s’arrête pas à sa garde à vue. Il est soumis à un contrôle judiciaire qui lui interdit de se rendre à Paris, tous les samedis de manifestation et le 1er mai jusqu’à son procès en octobre, où il sera alors jugé pour "outrage sur personne dépositaire de l'autorité publique". Pour ce journaliste indépendant cette mesure revient à l’empêcher de travailler.

Protection des sources

Une autre affaire cette semaine met à mal le droit d'informer. Trois journalistes ayant participé à l'enquête dite des #yemenpapers, sont convoqués en mai par la DGSI* pour « compromission du secret de la défense nationale ». Menée en collaboration entre Disclose, nouveau média à but non lucratif, Mediapart, France Info, Konbini et Arte info, l'enquête révèle que la France vend des armes à l'Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, armes qui sont utilisées contre des civils au Yémen, en guerre depuis 2015.
Une enquête judiciaire a été ouverte pour “compromission du secret de la défense”. Les journalistes qui ont révélé une note classée “confidentiel défense” affirment qu’ils resteront fermes sur le secret de leurs sources, l’une des règles de base de leur métier.

Reconquérir la confiance

Il nous faut le regretter, la France n’est pas un paradis pour la liberté de la presse. Loin s’en faut. Le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, publié le 18 avril, place notre pays en 32ème position sur 180. De plus, l’analyse de RSF montre que globalement “la haine des journalistes a dégénéré en violence, laquelle est facteur d’une montée de la peur”.
La France n’échappe pas à ce cercle vicieux. Ces dernières années, les journalistes ont été fréquemment vilipendés, accusés de collusion avec le pouvoir et de gagner trop d’argent, menacés, insultés et parfois l’objet de violences. Les manifestations des derniers mois ont amplifié le phénomène.
Cette haine des journalistes et des médias nous conduit à poser avec plus d’intensité la question du rôle politique de la presse d’information dans nos sociétés démocratiques. Mais aussi à chercher à rétablir un contrat de confiance entre les médias et leurs lecteurs. Au Bec, nous avons fait ce pari de construire un lien avec vous fondé sur cette indispensable confiance.

*DGSI, direction générale de la sécurité intérieure

Louisette Gouverne et Élodie Potente


Rédigé le 26/04/2019