Édito

Le poisson d'avril est-il une fake news ?



Nous avons hésité à faire un poisson d'avril, pour ne pas ajouter une infox aux fausses informations. Mal interprété, un canular pouvait entraîner inutilement des ressentiments, des aigreurs. Ou plus grave. Néanmoins, pourquoi sacrifier cette tradition séculaire et internationale ? Au plaisir de faire douter un moment les gens les plus sérieux en donnant des apparences réalistes à un projet farfelu… Nous avons mordu à l’appât.

Reste qu’en ces temps où circulent à grande vitesse tout autour du globe les infox, ces "fake news" sont un problème sérieux pour nos sociétés dites démocratiques. Diffusées par des extrémistes ou des gouvernement étrangers, elles ont influencé des élections et un référendum en masquant la réalité aux électeurs aux USA ou au Royaume-Uni, par exemple. Les infox sont fausses, mais elles sont surtout anonymes, plus difficilement vérifiables. Personne n’est donc garant de ce qui est affirmé, à la différence de ce que vous lisez dans un journal.

Les réseaux sociaux, ces e-cafés du commerce, les ont aidées à se multiplier. Un peu comme le cafetier, ils encaissent la note sans écouter ce qui est dit au comptoir, mais ne vous servent pas de café. Apple vient de lancer Apple News Plus en Amérique du Nord. Un Netflix de l'information qui ne produira rien, mais qui encaissera 50% du prix payé par l'abonné en diffusant des informations produites par des journalistes travaillant pour d’autres médias. Plusieurs centaines de journaux ont accepté de confier leur production à Apple, attirés par ses millions d'utilisateurs. Ce service promet de vous servir les articles qui vous conviennent, d'après un profil qu'il aura établi, sans préciser ses critères. Est-ce qu'on peut parler d'information quand on ne vous sert que ce que vous êtes supposé avoir envie d'entendre ?

Le numérique est une révolution technologique que nous devons apprivoiser. Face aux géants qui ont pris le pouvoir, nous comptons sur l'Europe, bien sûr, pour le réguler, comme elle vient de le faire avec la directive européenne sur le droit d'auteur. Mais si la régulation et les grandes règles du jeu politico-économique sont disputées au niveau global, l’usage quotidien se règle et s’apprend entre nos mains, dans nos têtes, au sein des familles, à une échelle territoriale. Alors, avec Le Bec, nous vous proposons une expérimentation locale d’information numérique, pour en tirer le meilleur parti.

François Bouis

Voir aussi l'article "Internet : Parents, ouvrez la discussion avec vos enfants!"


Rédigé le 05/04/2019