Édito

Édito : Une concession pour la tour


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La prochaine ou potentielle mise en concession* de la Tour de Crest, propriété de la ville depuis 1988, pose une question importante et récurrente : les collectivités locales et territoriales doivent-elles ou peuvent-elles encore gérer les biens publics ?

La tour de Crest est-elle un bien commun à garder dans le giron de la collectivité et/ou un produit touristique à confier aux spécialistes de ce secteur ? Pour le conseil municipal du 5 avril qui va examiner le dossier, la décision semble bien engagée.

Dans le cas précis de la tour, le concessionnaire pressenti présente tous les avantages. Kléber Rossillon a une riche expérience de la gestion de sites comme la grotte Chauvet ou le train de l'Ardèche (Le Mastrou) parmi une dizaine d'autres !

Cette entreprise s'engage à rebâtir le bâtiment d'accueil - un besoin ancien -, à amortir ses coûts de construction dans les 10 ans que doit durer la concession tout en versant une redevance annuelle de 10 000 € à la mairie. Une perspective alléchante alors que jusqu'à présent seul l'équilibre était atteint, sans investissement à amortir.

Le projet présenté par Kleber Rossillon prévoit de doubler le nombre de visiteurs (40.000 par an à l’heure actuelle), ce qui permettrait d'équilibrer les charges (en augmentant le prix d’entrée de 20%) et devrait avoir des retombées sur la vallée. La proposition prévoit encore de maintenir la gratuité pour les Crestois.

Par ailleurs, la mairie se libère de responsabilités comme la gestion du personnel et sa formation, la commercialisation, les risques d'accidents, etc... et du besoin d'emprunter pour faire face aux investissements. Quelles seront les exigences de la municipalité en matière de gouvernance et de contrôle de la gestion de la Tour ? Ces questions sont importantes à examiner.

Choix de principe ou pas

Avant d’analyser les propositions de l’entreprise, on peut aussi se poser des questions préalables. Faut-il mettre seule en cause l'incompétence de la collectivité à gérer un tel site ? Comme l’a fait le journal Belge "Le Peuple" le 25 mars dernier, écrivant : "Encore une intercommunale incompétente !" au moment où Kléber Rossillon venait de reprendre la gestion du célèbre site où a eu lieu la bataille de Waterloo.

Ou bien faut-il voir dans l'expertise d'une entreprise privée et ses méthodes d'organisation la seule solution économique de gestion pour ce type d’équipement ?

La « privatisation » de la gestion de bâtiments du patrimoine ou de sites culturels ne semble pas poser autant de questions aux citoyens que celle d’autres services publics locaux comme l’eau, les transports, le stationnement… Rappelons qu’en février 2017, un sondage IFOP montrait que près de 70 % des Français se disent « attachés » aux différents services publics de proximité et autant sont hostiles à leur transfert vers le secteur privé, ou seulement d'une part minoritaire.

Par ailleurs, on peut noter que depuis une quinzaine d’années de par le monde, surtout en Europe et aussi en France, de plus en plus de services locaux sont ré-internalisés au sein des collectivités locales. La remunicipalisation des services d’eau ou d’énergie notamment s’est imposée pour certaines collectivités.

Avant tout, la question essentielle n’est-elle pas de savoir comment la gestion de la Tour – privée ou publique – peut servir l’intérêt général ? Mais aussi ce qu’attendent les Crestois de la gestion de la Tour en matière d’objectifs culturels et d’ouverture participative à la population ?

François Bouis - 28 mars 2019

*Une concession de service public est un contrat liant l’administration d’une collectivité pour déléguer des compétences de gestion d’un bien, d’un service à une personne privée, une entreprise.


Rédigé le 29/03/2019