Édito

Carte hospitalière : De quelle proximité parlons-nous ?



Carte hospitalière :  De quelle proximité parlons-nous ?

Ce samedi 2 mars, une marche blanche va réunir les habitants du Diois, émus et révoltés après qu’une femme a perdu son bébé in utero à 7 mois de grossesse ayant attendu plus de 3 heures pour rejoindre la maternité de Montélimar et qu’une autre a accouché en voiture entre Die et Montélimar. Ils auront bien sûr une pensée pour la ministre de la Santé qui considérait, le 19 février, que les centres de périnatalité de proximité sont « une merveille » en confirmant la fermeture de la maternité de Bernay dans l’Eure.

« Maternité Die Oui » et cela depuis 1986. De manifestations en pétitions, les dérogations s’étaient succédé jusqu’à la fermeture de la maternité, le 31 décembre 2017. Toutefois, la résistance continue, tous restent convaincus que cette fermeture génère plus d’insécurité qu’elle n’en résout. Ce combat identitaire et viscéral pour la plus petite maternité de France et les derniers événements interpellent avec d’autant plus de force cette vallée, alors que le 13 février dernier a été présenté le projet de loi santé. Parmi les mesures annoncées figure, en effet, la labellisation des « hôpitaux de proximité » (on parle de cinq cents à six cents) recentrés sur la médecine générale, la gériatrie et la réadaptation, mais sans chirurgie ni maternité.

La réflexion sur la disparition des deux tiers des maternités ces 40 dernières années, opérée dans le blog de Combesb14 (21 février sur Mediapart), contribue à l’examen critique de ce nouveau texte et renvoie aux revendications des habitants du Diois. En s’appuyant sur le rapport de la Cour des comptes de 2014, l’auteur du blog montre que ces fermetures n’ont pas amélioré les résultats de la France en terme de périnatalité. Il explique aussi que depuis 2008 « la prise en charge des soins liés à la maternité étant à 100 %, l’État a fixé lui même des tarifs inférieurs aux coûts engendrés entraînant l’endettement des maternités ». Le rapport précise encore que le seuil fatidique des 300 accouchements annuels « ne paraît avoir fait l’objet d’aucune étude spécifique lors de sa fixation ». Le blog pointe également la question de la durée des trajets : 10 % des femmes indiquent un temps d’accès à la maternité supérieur à 30 minutes (inchangé entre 2003 et 2010) ; cette donnée est elle acceptable pour les populations concernées ? Etc.

Une analyse de la fermeture des maternités peut conduire à y voir la mise en oeuvre d’une logique d’économies budgétaires au détriment des intérêts humains et sanitaires de tous les Français. Elle nécessite d’étudier l’impact de telles fermetures et de la mise en place prochaine de ces hôpitaux de proximité sur la démographie des territoires concernés. Quels jeunes s’installeront ou resteront dans des déserts médicaux ?

La mobilisation dans les territoires s’avère nécessaire d’autant plus que le projet de loi santé prévoit que la révision de la carte hospitalière sera réalisée par ordonnances par le gouvernement. Ce dernier s’est engagé à ne pas fermer d’établissements, mais il va en transformer beaucoup. Promesse et tour de passe-passe ? Ce nouveau texte va dans le sens de précédentes réformes avec l’affiliation obligatoire de ces petits hôpitaux à des groupements hospitaliers de territoire.

Bon nombre d’élus locaux ont déjà protesté. Certains qualifient ces futurs hôpitaux de proximité de « dispensaires » et jugent que cette « métropolisation de la santé » est une erreur politique. La teneur de cette mesure annoncée en plein Grand débat national et après des semaines de manifestations de gilets jaunes apparaît extraterrestre. Elle donne encore plus de relief à la fracture territoriale.

Par hôpital de proximité faut-il entendre ségrégation spatiale ? Faut-il se rassurer en réclamant des aménagements et en donnant à ces établissements le nom d’Hôpitaux « de bassin de vie » comme le suggère Marie-Claude Jarrot, maire (divers droite) de Montceau-les-Mines ? Ou bien craindre que ces futurs établissements ne deviennent pour certains territoires des hôpitaux de bassin de mort.


Louisette Gouverne

 

 


Rédigé le 01/03/2019