Édito

Au plus près des gilets jaunes



Tout ou presque a été écrit sur le mouvement des gilets jaunes. Depuis novembre, les journalistes sont allés sur les ronds-points, dans les manifestations, ils ont été parfois malmenés et pris à partie.

Le Bec est un tout jeune média, nous nous sommes demandé comment couvrir ce mouvement, comment raconter ces personnes qui, depuis près de quatre mois, luttent. Nous avons suivi des assemblées générales, des débats citoyens. Cette semaine, nous vous proposons trois portraits-témoignages de gilets jaunes crestois, parce qu'il nous a finalement semblé évident de réaliser un tête à tête avec eux. Ils y disent qui ils sont, quels sont leurs engagements, comment ils voient l'avenir.

Tout ou presque a été dit sur les gilets jaunes. Tous les angles journalistiques ont été utilisés, toutes les failles montrées, les paradoxes exposés. Les Unes se sont enchaînées, les questions aussi. Qui sont les gilets jaunes ? Que revendiquent-ils ? Pourquoi sont-ils sur les ronds-points ? On a, malgré nous, essayé de les cataloguer, de leur coller une étiquette. Puis, finalement, on a compris qu'ils étaient bien trop différents pour qu'on puisse dire qui ils étaient. Cette diversité d'opinions explique, en partie, pourquoi le mouvement peut faire peur. Clélia l’explique, "il y a autant de gilets jaunes que d'individus". Ce que vit la France depuis quelques mois, c'est avant tout une reprise en main des sujets politiques par les citoyens, comme l'affirme Tanguy. C’est aussi une occupation de l'espace public, physique, sur les ronds-points ou dans les manifestations, où Christine prodigue bénévolement des soins en tant que street medic

Le Bec a voulu rendre compte de leur individualité, donnant à entendre ces hommes et femmes qui réclament plus de justice fiscale et sociale. En rencontrant Christine, nous avons constaté qu'il y avait une véritable complexité dans ce mouvement. En discutant avec Clélia, nous avons compris que les gilets jaunes se préoccupaient du climat. En parlant avec Tanguy, c'est le rapport particulier à ces assemblées générales et locales, aux discussions qui aujourd'hui ont lieu partout en France que nous avons saisi.

Ce mouvement protéiforme a permis de créer du lien entre des personnes qui ne se "seraient jamais parlé autrement", la possibilité de découvrir que son voisin vit dans une misère sociale profonde, une façon de "faire tomber la pudeur". Une façon de laisser de côté sa propre individualité pour pouvoir élever sa voix.

Robert Capa disait "Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c'est que vous n'êtes pas assez près". Finalement, peut-être que tout n'a pas été dit sur les gilets jaunes. Ou qu’ils n’ont pas eu la possibilité de tout dire.

Elodie Potente.

Rédigé le 22/02/2019