Édito

Édito 6



L’expert, l’élu, le citoyen et la graine

Au moment où le Grand débat doit battre son plein pour "inventer le pays dont nous voulons, ni plus ni moins" comme le rappelait le président de la République le 7 février devant des jeunes Bourguignons, dans la vallée de la Drôme le dossier du centre aquatique de Crest continue à à troubler le jeu démocratique. Le Bec publie cette semaine un article de Maud Dugrand sur le projet de centre aquatique, porté par la communauté de communes du Crestois et du pays de Saillans. Les conclusions d’une contre-expertise indépendante remise au cabinet Espelia, mandaté par la comcom pour évaluer le budget de fonctionnement de l’équipement, y sont explicitées. Cette étude pointe les failles de l’évaluation de la fréquentation de cette future piscine et met donc en cause le calcul de sa viabilité. Les habitants savent désormais que ce projet va marquer durement les finances de la collectivité, qu’il soit mené au bout ou pas.

Alors que de multiples oppositions s’élevaient contre le projet, que les habitants s’interrogeaient sur son bien-fondé, les médias de la vallée ont tenté de remplir leur rôle contribuant à mieux faire circuler les informations et à interroger les élus, mais il apparaît que les conditions requises pour l’instauration d’un débat démocratique n’aient pas été réunies. Il s’agit en effet que le cadre du débat lui-même et les expertises apportées soient indépendants, qu’il y ait de la transparence et que l’accès à une pluralité de sources d’information et contradictoire soit assuré. A l’heure du Grand débat national, dont les conditions de la mise en place et la méthode sont elles-mêmes critiquées, peut-on espérer une issue plus démocratique à la prise de décision touchant au centre aquatique ? La tenue d’un RIC (référendum d’initiative citoyenne) a été rejetée. Comment avancer maintenant ?

Les élus des territoires dits périphériques réclament des outils, de l’expertise et des moyens pour élaborer des projets mobilisateurs dans de meilleures conditions. A cet égard, les relations entre Etat et territoires sont à réinventer. La future Agence nationale de la cohésion des territoires, dont parle la députée Célia de Lavergne dans un entretien réalisé pour le Bec par Elodie Potente, atteindra-t-elle son but ? Elle devrait instaurer un interlocuteur dans le département – un guichet unique - capable de mobiliser des compétences en ingénierie des territoires. Toutefois, la transparence sera-t-elle au rendez-vous pour présider au fonctionnement d’un tel outil ?

Nouvelle agence ou pas, la dynamique des territoires ne peut faire l’impasse sur la participation citoyenne, la prise en compte de la parole de chacun sur les dossiers d’intérêt général et ce dans des débats contradictoires organisés par des tiers indépendants, nourris par des dires d’experts et les apports des médias. Cette dynamique repose sur l’expression des citoyens. Avec la Turbine à graines, association d’éducation populaire - à entendre sur Le Bec - nous comprenons mieux qu’il existe des outils pour favoriser la pensée critique et réveiller l’intelligence collective. Une graine à faire germer.

Louisette Gouverne


Rédigé le 08/02/2019