Édito

Édito 4



Plus près, plus loin

Le Bec vous fait découvrir, au plus près, les personnes entreprenantes ou "questionnantes" du Val de Drôme et leurs initiatives. Cette réalité locale nous emporte souvent vers d’autres réflexions et sur les courants souterrains qui parcourent le monde. Elle nous pousse à ouvrir nos portes et notre esprit. À voir plus loin que notre bec, que nos Trois Becs.

Ceci nous renvoie au travail du journaliste qui balance entre deux mouvements ; lors d’un reportage, d’une enquête il avance au plus près, à la rencontre, cherche à analyser dans le détail, puis il prend du recul, de la distance, cherche d’autres points de vue.

Cette semaine, avec l’interview de Michel Hénard nous comprenons mieux comment des familles de la vallée accueillent quelque 90 Yésidis, appartenant à une minorité persécutée en Irak. Il explique ce que cela leur a apporté et les difficultés – notamment administratives – rencontrées. Les membres de ces familles considérés à leur arrivée comme demandeurs d’asile sous procédure Dublin cherchent ici à obtenir le statut de réfugié, qui apporte une protection juridique et administrative.

Cette fraternité exercée par des citoyens français ne peut cependant nous faire oublier que deux naufrages récents, dénoncés le week-end dernier par le Haut Commissariat aux réfugiés, ont fait 170 morts en Méditerranée. Une fois encore, une fois de trop.

Il est une autre réalité que nous oublions très souvent. Toutes les deux secondes, une personne est déplacée sur la planète à cause de la guerre, des violences ou des persécutions. En 2017, on a enregistré 68,5 millions de personnes déracinées, plus que la population de la France. Et 85 % de ces personnes vivent dans des pays en développement. C’est dans la corne de l’Afrique, par exemple, que s’entassent dans des camps immenses ces migrants. Quand nos pays européens se disputent pour accueillir sur leur sol quelques milliers de migrants, n’oublions pas qu’un pays comme le Liban héberge le plus de réfugiés (près d’un million) au regard de sa population, soit un réfugié pour 6 habitants.

Quant à l’article revenant sur la mobilisation citoyenne des 11-13 janvier à Saillans, il renvoie aux violences qui déchirent les manifestions de gilets jaunes depuis le 17 novembre dernier. Il propose un rappel des faits - quatre Drômois manifestant avec les gilets jaunes jugés auteurs de violences sur deux hommes qui se sont révélés être des policiers en civil ont été condamnés à des peines de prison ferme aggravées – et les interrogations qui s’en suivent. Il faut entendre les émotions, l’incompréhension, les questions et la colère suscitées à Valence et dans le Val de Drôme.

Quand on en appelle à l’exemplarité des citoyens, il faut également demander celle des forces de l’ordre, qui ne doivent pas considérer les manifestants comme des délinquants. L’usage disproportionné de la force et d’armes controversées a déjà fait quelque 2000 blessés chez les gilets jaunes (dont 98 graves) et 1000 chez les policiers. Plus de transparence est nécessaire quant aux violences policières. Et en de telles circonstances, la liberté d’informer est bien entendu indispensable.

Louisette Gouverne. 


Rédigé le 25/01/2019